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mardi 17 février 2015

Ou comment passer la Saint-Valentin dans un endroit inattendu





Il y a 3 types d’ anti-saint-valentin.
Ceux qui préfèrent se dire qu’ils n’en n’ont rien à faire parce qu’ils sont seuls, ou parce qu’ils sont sûrs que leur moitié est passée à côté, ceux qui te regardent de haut en te disant que c’est une fête commerciale, parce qu’ils sont seuls, ou parce qu’ils  sont sûrs que leur moitié est passée à côté (alors que franchement, comparé à Noël, hein, bon), et ceux qui décident pour toi que ça n’a pas d’importance, et qui te planifient des activités un peu absurdes.

C’est le cas de Patrice, votre patron, qui vous a prévenu la semaine dernière que ce serait encore une fois vous qui seriez présente ce samedi à la journée des métiers du lycée.
Vous avez bien essayé d’appuyer la candidature d’Aline, qui est plus proche des années lycées que vous (elle vous le rappelle assez souvent pour mériter d’y passer son samedi), mais selon Patrice, elle a « autre chose à faire ».

OK.

En rentrant à la maison, vous annoncez la grande nouvelle au mec qui partage votre canapé, d’un air bien vénère pour qu’il comprenne qu’il y a un truc qui vous gène UN PEU, mais il vous répond de la voix douce de l’avocat du Diable, que vous n’aviez rien de prévu de toute façon, et que les heures sup’, c’est toujours bon à prendre. Ça pourrait même vous permettre de vous faire un resto sympa un de ces jours.

Vous aviez presque espéré. Désolation.

C’est comme ça que vous vous êtes retrouvée samedi 14 février 2015 dans le hall du lycée Anatole France, noyée dans une mer d’adolescents pleins d’hormones se roulant des grosses galoches+mains baladeuses, avec une notion de la bienséance approchant le niveau du bitume du parking.
Et puis au fil des heures, vous vous êtes habituée à cette image de fond libidineuse, et vous vous êtes rendue compte qu’une autre mer bouillonnait : celle des parents.

Perdue dans vos pensées (puisque votre travail n’intéresse personne, il faudra d’ailleurs en toucher deux mots à Patrice), vous vous êtes dit qu’à la manière d’une vinaigrette ou d’un démaquillant biphasé, il faut de temps en temps secouer si tu veux que les deux mondes se mélangent, et que c’est sûrement pour ça que les journées des métiers sont faites.

C’était beau comme du Francis Ponge, alors il était grand temps de remballer vos stylos publicitaires.



Et puis une fois vos talons retirés, Chouchouchéri vous a proposé d’aller au cinéma, et promis, pas pour voir 50 nuances de Grey. Et même qu'après, vous pourriez vous trouver des sushis.
La Saint-Valentin n’était peut-être pas perdue…







Merci à Laurette et Jérôme de m'avoir confié cette merveille !

lundi 26 janvier 2015

Les jardinières cache-misère

Il y a un peu plus d'un an, dégoulinant de sueur et mangeant votre 8e glace à l’eau de la journée dans votre appartement sous les toits, vous avez pris une grande décision.
Chérie, je pense qu’il est temps d’acheter une maison, avec un jardin.

Chérie, elle l’aimait bien son appart. D’une part parce que c’est là que vous avez fait vos premiers pas en couple, puis que vous l’avez demandée en mariage, et puis en plus, 60m², niveau ménage, ça lui convient bien. 

Mais bon, vous avez insisté, vous lui avez parlé de bonhomme de neige en hiver, de fraises au printemps, d’hortensias en été … Bien joué, elle a dit oui.
Mais voilà, arrivé au mois d’août, et il a bien fallu se rendre à l’évidence, Chérie était un peu vénère parce que son terrain (non, ce n’est pas ce qu’on peut appeler un jardin) aurait facilement pu servir de décor à un remake d’Apocalypse Now. On était loin de la terrasse en bois/barbecue/tonnelle que vous lui aviez vendue.
Une semaine avant ses vacances d'été, vous avez décidé de lui faire un petit cadeau et de lui acheter un transat pour la faire patienter. Grand prince, vous l’avez même monté et essayé avant qu’elle ne rentre du boulot. 

Soupir.

Ne nous mentons pas, elle avait raison. Même la bière que vous aviez alors à la main n’a pas réussi à rendre ce paysage de désolation moins… désolant.
Vous avez donc caché votre super cadeau dans l’appentis en attendant de trouver une solution.

On est au mois de janvier, vous venez de réserver votre bungalow au camping des Cigales pour les vacances de pâques, et vous vous dites que la terrasse, ce sera toujours pas pour cet été.

C'est pas grave, j'ai une solution pour vous.



Une rangée de ces jardinières devrait faire un parfait écran à la misère de votre jardin.
Deux, trois coups de râteau, et Chérie pourra bronzer tranquille (un cocktail ça peut être bien vu aussi).



lundi 12 janvier 2015

Non, un architecte, ça ne dessine pas bien

Pas même Oscar Niemeyer, le plus grand des plus grands.


Il y a deux phrases qui viennent à mes interlocuteurs quand je leur parle de mon métier : « c’est quand que tu me fais ma maison ? », et « tu dois vachement bien dessiner, hein ? Tu me feras un tableau un jour ? ».

J’ai fait l’effort de répondre poliment à la première question pendant quelques années.

Et aujourd’hui, je vais m’attaquer pour vous à la deuxième, parce que le dessin, c’est un peu d’actualité.

Si vous pensez qu’un architecte passe son temps le crayon à la main, c’est un peu vrai. Si vous pensez qu’il pourra artistiquement vous tirer le portrait entre deux verres de rouge à l’apéro, vous vous fourrez le doigt dans l’œil jusqu’à l’aisselle.
Je vous scannerais bien le cheval que j’ai dessiné pour ma petite voisine avant-hier pour vous le prouver, mais j’ai vraiment trop honte.

Pour un architecte, le dessin, ça sert à communiquer. Ici, la fenêtre, ici, le lavabo, ici la conduite d’évac.
Oui, je sais, on est loin de l’image glamour de l’artiste maudit. Mais si on avait voulu être glamour, on aurait fait Catherine Deneuve, pas architecte.

Notre truc à nous, c’est d’expliquer en trois traits ce qu’on n’arrive pas à faire comprendre avec des mots (parce que des fois, les mots, c’est compliqué).
Des fois aussi, on met de la couleur, et c’est pas grave si on dépasse un peu. L’important, c’est de faire passer des sensations, des idées, des principes, des vérités.
Le crayon d'un architecte, c'est un peu comme le marteau de Thor, ou la ceinture de Batman. 
Et puis il faut dire que le dessin a un coté précieux, parce qu’il a quelque chose d’intime. A chaque trait dessiné, on se relie un peu plus à notre interlocuteur.

Alors il est vrai que ces jours-ci, je me sens un peu ridicule le crayon à la main, à voir défiler les unes de Charlie Hebdo dans les médias. Je pense que je ressens à peu de choses près la même chose que Cloclo le jour où il a entendu pour la première fois « le déserteur » à la radio après avoir chanté « le lundi au soleil » sous sa douche.

Et puis mon coté optimiste reprends le dessus, et je me dis que franchement, au Pictionary, on déchire.



lundi 5 janvier 2015

A Joinville, il neige des paillettes - Bonne année 2015 !


Lundi 5 janvier 2015, 8h16, vous êtes dans l’ascenseur, et vous contemplez avec dépits votre reflet dans le miroir. Suite à un tragique épisode  love actually /plaid/papillotes bon marché survenu hier après-midi, vous avez aujourd’hui le teint un peu jaune et des boutons partout. En plus, vous n’êtes même pas maquillée, parce qu’il fallait faire le plein de la voiture et que vous étiez déjà en retard.

Les portes s’ouvrent au 1er, et entre Aline, la secrétaire de direction, qui tient le courrier de la semaine dans ses bras, et vous dit en fouillant les enveloppes « t’as entendu pour Framboisier ?Moi je suis trop jeune, mais toi tu dois t’en rappeler ! ». Elle vous tend un paquet gros comme ça de plis à votre nom, et ressort à l’étage suivant en tortillant des fesses dans son jean trop serré tout en essayant de ne rien faire tomber (une vraie équilibriste cette Aline).

Vous arrivez à votre tour à destination, et là, Jean-Luc vous saute dessus, miettes de croissants sur la cravate à rayures, « Salut ma poule, t’as écouté Hollande ce matin sur France Inter ? Non mais le mec ! ben tu sais qu’il mérite bien son surnom celui-là, parce que des mous comme ça, j’en voudrais même pas comme femme de ménage ! ben quoi ? tu dis pas bonjour ?! » dit-il persuadé que son analyse politique de haut vol vous intéresse. Lui qui d’habitude n’écoute que RTL, vous seriez même un peu surprise qu’il ait réussi à trouver la bonne fréquence radio.

Vous vous installez à votre fauteuil sans rien dire, convaincue que si vous ne croisez pas son regard, il partira infliger son poujadisme à une autre âme en peine. Entendant la voix du relou s’éloigner, vous retirez enfin doudoune, écharpe et moufles sans mouvement brusque, histoire de ne pas voir la bête s’approcher de nouveau.

Ne voyant pas Martine à son bureau face à au vôtre, vous allez faire un petit tour à la machine à café, en vous disant qu’elle y sera sûrement, et qu’elle pensera peut-être à vous souhaiter une bonne année, elle.

Vous la trouvez effectivement à son poste, partageant avec délectation les dernières photos de sa fille enceinte avec Jeannine, doyenne de l’entreprise. Pas moyen de vous frayer un chemin jusqu’à la senseo sans passer par là. Mais bon, un café quand même…
« Tu as vu les photos de ma fille ? ça lui va tellement bien d’être enceinte… Et toi ? Quand est ce que tu t’y mets ? En plus, ça règlerait sûrement tes problèmes d’acné ! Tu sais qu’elle a 5 ans de moins que toi ? Bon allez, je retourne au boulot les filles, les mails vont pas s’ouvrir tout seuls.»

Tasse en position, dosette enclenchée, doux bruit du café qui coule, soupir de désarrois.

Vous sentez le découragement à plein nez, alors Jeannine vous souri.
« Bonne année ma chérie ! je te fais la bise pour la peine. » Et commence pour vous la liste des choses qui vont faire de 2015 une année au moins aussi cool que la précédente.
« Vu la tête de sa fille, le bébé sera forcément moche, j’ai hâte de voir les photos. En parlant de moche, j’ai entendu dire que Polnareff allait ressortir un nouvel album cette année, je compte sur toi pour me le télécharger « en nousdé » (elle est rigolote Jeannine quand elle essaie de parler verlan). Et puis aussi, il va y avoir l’accouchement de Kate Middleton. Mon fils a prévu un voyage à Londres en fin d’année, il m’a promis de me rapporter le mug le plus kitch. Vu son goût pour la déco, je lui fais confiance. Tu veux que je lui dise de t’en ramener un ? »

Que Jeannine ai pensé à vous en parlant des mugs de la famille royale d’Angleterre vous a réchauffé le cœur version feu de cheminée. Retournant à votre bureau la tasse fumante à la main, vous avez continué rien que pour vous la liste des trucs trop cools à venir en 2015 : une petite nièce toute neuve, le mariage de votre copine Julie (ça veut dire un EVJF, et du shopping), la crémaillère de Laurette et Jérôme qui sont en pleins travaux, les dimanches Harry Potter puisque vous avez eu l’intégral à Noël, et peut-être même des vacances au ski, et du camping en Ardèche.

Et puis aussi, vous avez repéré un petit blog pas mal avec des bricolages pas trop compliqués, et des éditos rigolos à lire le lundi en allumant l’ordi…

Bref, on va encore passer une bonne année, quoi !