lundi 22 juin 2015

Ta maison comme au cinéma - "Un weekend à la Havane" : le jardin

Vendredi matin, il vous a suffi de deux pas dans l’immeuble pour ressentir que la journée allait être différente. 
Stoppée au milieu du hall d’entrée pour comprendre d’où venait se sentiment de « c’est pas normal », vous vous êtes rendue compte que, 1, la lumière blafarde des plafonniers était remplacée par une douce lueur provenant des lampes d’ambiance de la borne d’accueil, et que 2, quelqu’un avait eu la bonne idée de couper RTL2. 
Non pas que vous n’appréciez pas Jean-Jacques Goldman, mais quand même, « tournent les vio, tournent les vio, tournent les violons », ça vous fait mal à la musique. D'autant plus que ça vous fait vous poser des questions tout à fait existentielles, du genre est-ce que quand il a écrit les paroles, il a mis un "s" à "vio".

Le sourire aux lèvres et pleine de sérénité, vous vous approchez d’Aline et la gratifiez d’un « Ouah Aline ! Tu peux pas savoir à quel point tu me fais plaisir ! Ce calme et cette lumière tamisée, il manque plus qu’une musique un peu jazzy, et t’auras trouvé l’ambiance parfaite ! T’as pas ça dans ta playlist ? »

Aline releva la tête doucement.
Horreur.
Un homme aurait sûrement pensé que la sexy-secrétaire était malade à en crever, mais vous, vous savez.
Aline n’était pas maquillée.
Pire.
Aline avait pleuré.

Sans dire un mot mais la bouche quand même ouverte, vous avez établi un rapide état des lieux.
En fait, Aline avait la tête de la meuf qui a pleuré la veille, et avait tenté de dissimuler le résultat de sa nuit migraineuse sous du maquillage avant de laisser tomber et d’enfiler un sweat (stylé, quand même, le sweat).

Le compte-rendu fut sans appel : Aline venait de se faire jeter par son mec.

Et à entendre son récit, vous diriez même qu’elle s’est lâchement faite lourdée. Par SMS. Changement total de perspectives amoureuses en 70 caractères. C’est vraiment moche.
« Et puis comme il filtrait mes appels, … je lui ai envoyé des messages aussi … Au début il répondait, et pis après, … je crois que ça l’a gonflé, alors il a carrément éteint son téléphone… »
(remplacez les pointillés par mouchage/reniflade/respiration saccadée)

Comme la pauvre biche était au bord de l’hyperventilation, Catherine, Martine et Jessica, qui vous avaient rejointes attirées par le drame comme des guêpes par un barbecue, se sont mises à raconter leurs aventures les plus pitoyables. Histoire de remonter le moral de la benjamine de l’équipe.

En les écoutant, vous vous êtes dit que des mecs à pendre, vous en avez croisé quelques uns. Mais que depuis que vous vivez avec celui qui partage votre pain quotidien depuis sept ans, tous ces souvenirs vous paraissent très vagues.

Cette scène ne fut que le préambule d’une journée mélodramatique, où chacun apporta sa pierre à l’édifice des relations bâclées.
Si bien que sur le trajet du retour, vous n’aviez comme leitmotiv que de serrer le mec qui partage vos soirées « Love actually » très fort dans vos bras (pas moins mélancolique qu’une chanson de Jean-Jacques finalement).
Mais en ouvrant la porte, vous n’avez trouvé qu’un post-it sur le guéridon.

Suis tombé sur ton panier Sarenza.
Soldes ≠ placards supplémentaires
Une paire achetée = une paire jetée

Dommage pour lui, il vient de passer dans la case des goujats.

Ça vous a tout de suite fait penser à Carmen Miranda, Grande prêtresse de la comédie tropicale et de la chaussure compensée, pour qui ce post-it aurait sûrement été un motif valable de rupture. Même par SMS.